LE SECTEUR FORESTIER AU CAMEROUN

 

Situé au cœur de l’Afrique centrale, le Cameroun est souvent considéré comme une Afrique en miniature du fait que l’on trouve, à l’intérieur de ses frontières divers types de climats et d’écosystèmes. La loi forestière camerounaise N°94/01 du 20 janvier 1994 portant régime des forêts, de la faune et de la pêche définit les espaces forestiers comme : « (…) des terrains comportant une couverture végétale dans laquelle prédominent les arbres, arbustes et autres espèces susceptibles de fournir des produits autres qu'agricoles». La définition de la forêt diffère en effet selon les pays, car les critères pris en compte ne s’égalent pas. Les controverses se situent au niveau de la surface et taux de recouvrement du sol, de la densité et hauteur des arbres, du caractère ancien ou non des écosystèmes et des types de formations végétales. Bien que le terme soit encore très ambigu et ses limites réelles toujours estimatives, le massif forestier camerounais est l’un des plus important en Afrique soit environ 22.5 millions d’hectares de forêt. Sa politique forestière est l’une des plus avancées dans le bassin du Congo. Dans les années 2000, le secteur forestier représentait le deuxième poste d’exportation après le pétrole employant plus de 45 000 personnes et représentant 7% du PIB du pays. Le domaine forestier camerounais est divisé en 2 grands secteurs : le domaine forestier permanent qui est constitué de terres définitivement affectées à la forêt et/ou à l’habitat de la faune et le domaine forestier non permanent qui lui est constitué de terres forestières susceptibles d’être affectées à des utilisations autres que forestières. Ces deux secteurs regroupent plusieurs types de forêt définis selon un système interactif avec la société et régit par la loi forestière. La plupart de ces forêts ont été mise en place en vue de la gestion durable des ressources forestières.

 

1 - les PRINCIPALES forêts du domaine permanent et non permanent AU Cameroun

Les Forêts Communales : Elles sont classées dans le domaine forestier permanent et gérées selon un plan de gestion approuvé. Les objectifs d’une forêt communale, ainsi que ses limites définitives sont établis pendant la procédure de classification officielle. Une fois attribuées, ces forêts deviennent la propriété privée d’une commune qui doit respecter le plan de gestion afin de conserver le titre de cette zone forestière. Le régime de forêt communale a été mis en place par la loi forestière de 1994 afin de permettre aux communautés villageoises d’exploiter elles-mêmes les ressources des forêts qui sont sur leur territoire. Cette exploitation qui se fait souvent en partenariat avec des entreprises privées, relativement professionnelles donne néanmoins lieu à beaucoup de dérives. Notamment la marginalisation des droits d’exploitation de ces communautés villageoises. On distingue cinq étapes dans la classification des forêts communales :

-          Les forêts communales classées et exploitées (sous aménagement)

-          Les forêts communales classées en cours d’aménagement

-          Les forêts communales en instance de classement et en cours d’aménagement

-          Les forêts communales en cours de classement

-          Les forêts communales crées ou en création par plantation

Les Forêts Communautaires : Elles sont classées dans le domaine forestier non permanent, dédiées à l’usage des collectivités rurales. Ces forêts ont été mises en place pour faciliter la participation des communautés locales à la gestion durable et équitable des ressources naturelles, et leur accès aux bénéfices sociaux et économiques de ces ressources. Avec l’assistance technique de la SDFC (Sous-Direction des Forêts Communautaires) du Ministère des Forêts et de la Faune (MINFOF), une collectivité rurale recherchant un titre forestier détermine une zone ne dépassant pas 5000 hectares et rédige un plan simple de gestion pour approbation par le MINFOF. Les revenus de gestion d’une forêt communautaire sont utilisés pour des projets de développement communautaires. Cependant cette règle bien qu’importante et primordiale pour ces communautés ne s’applique pas toujours dans la réalité, car les intérêts personnels sont souvent favorisés au détriment des intérêts de la communauté.

Les Ventes de Coupe : Elles sont classées dans le domaine forestier non permanent, elles autorisent à son titulaire d’exploiter pendant une période limitée un volume précis de bois au sein de forêts nationales ou privées. Les ventes de coupe sont attribuées à des personnes de nationalité camerounaise sauf exceptions régis par la loi, par le biais d’une procédure d’appel d’offres public à la concurrence pour une durée maximum de 3 ans, elles ne peuvent dépasser 2 500 hectares et n’exigent pas un plan de gestion. La finalité de ces espaces varie, ils peuvent être dédiés à la récolte de bois, l’agriculture, l’exploitation minière, et/ou à d’autres activités. Certaines ventes de coupe peuvent exceptionnellement être attribuées aux nationaux au sein du domaine forestier permanent.

Les Aires Protégées : Classées au sein du domaine forestier permanent les aires protégées représentent des espaces géographiques clairement définis, reconnus, dédiés et gérés par des moyens légaux ou autres, afin de favoriser la conservation à long-terme de la nature, des services écosystémiques et des valeurs culturelles. L’objectif principal du gouvernement camerounais en matière de conservation de la biodiversité est de convertir 30% de l’ensemble du territoire en aires protégées. La création de parcs nationaux, de réserves naturelles et de jardins zoologiques a introduit pour la première fois, au début des années 30, la participation directe du secteur public à la conservation de la biodiversité. Aujourd’hui, elles sont administrées par une équipe qui comprend des fonctionnaires (le conservateur, les gardes forestiers, les éco-gardes, etc.), des conseillers techniques affectés dans le cadre des projets de conservation/développement et parfois des bénévoles (ONG, comité de gestion multipartite, comité consultatif, etc.). Son fonctionnement est régi par des normes officielles (lois et règlements, plan d’aménagement, document de projet, règlement intérieur de l’aire protégée, etc.) qui sont appliquées dans un contexte sécuritaire particulier. Comme les autres types de forêts, les aires protégées connaissent des problèmes majeurs, le braconnage, chaque année fait de gros chiffres quant à la destruction de la biodiversité locale.A cela s’ajoute aussi le problème de chevauchement entre les permis accordés pour l’exploitation minière et les aires protégées.

Les Unités Forestières d’Aménagement : Classées dans le domaine forestier permanent, les UFA accordent au bénéficiaire d’une convention d’exploitation le droit d’obtenir un volume de bois donné provenant d’une concession forestière, pour approvisionner à long terme son ou ses industries de bois. Elles sont attribuées à travers une procédure d’appel d’offres public à la concurrence pour une période de 15 ans et exigent un plan d’aménagement forestier approuvé par l’autorité administrative appropriée (MINFOF). D'une  superficie maximale de 200 000 hectares, elles sont découpées de manière classique en Assiettes Annuelles de Coupe de superficie ou de volume égaux pour optimiser l'exploitation de ses ressources et contribuer à leur pérennité grâce à un système de rotation des parcelles. L’objectif recherché d’aménagement durable des concessions passe aujourd’hui par l’obtention d’une certification pour les exploitants des UFA qui est une preuve reconnue d’une bonne gestion forestière. La gestion des UFA requiert également la participation de la population locale, par exemple à travers la reconnaissance des droits d'usage, mais cette participation est le plus souvent factice.

Les Réserves Forestières : Propriété du domaine forestier de l’Etat, les réserves forestières sont des réserves naturelles situées en milieu forestier et souvent non-ouvertes au public, mais pas systématiquement, ayant l’objectif de protéger des habitats ou des espèces particulièrement représentatives du milieu forestier et/ou vulnérables.

 

2 - Les principaux enjeux et acteurs du secteur forestier     

Le secteur forestier camerounais est au centre de nombreux enjeux et de multiples acteurs ayant dans la majorité des cas des intérêts divergents. La forêt attire de par ses ressources diversifiées. Certaines espèces végétales sont prisées pour leur valeur marchande sur le marché commercial du bois par les sociétés d’exploitation forestière, dans le même temps, elles sont également revendiquées par les populations pour la production de produits forestiers non ligneux ou d’écorces permettant de recourir à la médecine traditionnelle. Certaines espèces fauniques sont convoitées dans le meilleur des cas à des fins alimentaires mais aussi à des fins plus perverses c’est-à-dire pour la commercialisation de leur peau ou de leur dentition. Certaines d’entre elles sont sujettes à de vastes programmes de protection pouvant impliquer l’Etat et les ONG. Outre l’intérêt des espèces végétales et fauniques, dans les zones forestières, les activités agricoles (agroforesterie, sylviculture, apiculture etc.) et extractives (minerais, pétrole etc.) pratiqués soit de manière industrielle par de grands établissements agro-industriels, miniers et pétroliers ou alors de manière artisanale par des petits agriculteurs et chercheurs, augmentent la complexité de compréhension des dynamiques existantes en terme d’activités et d’intérêts des acteurs. Une bonne compréhension de l’ensemble de ces dynamiques doit permettre à long terme de mieux coordonner les politiques et actions en faveur d’une meilleure gestion des espaces forestiers.

 

3 - LES AGENTS PRINCIPAUX DE LA RICHESSE FORESTIERE

La forêt dispose de nombreuses ressources convoitées par l’homme pour d’une part pour des raisons nobles c’est à dire pour sa survie, sa nutrition, son développement personnel mais aussi parfois pour des raisons plus tendancieuses c’est-à-dire pour sa spéculation, son enrichissement, sa soif de pouvoir.

Le bois

Le boiset l’exploitation commerciale de cette ressource constitue un des éléments centraux de la convoitise humaine. Les différentes espèces de bois représentent une richesse biologique mais surtout socio-économique qui attire de nombreux exploitants tant nationaux qu’internationaux. Quelques 80 espèces d'arbres tropicaux font l'objet d'une exploitation commerciale, mais seules 5 espèces composent la majeure partie des exportations vers les pays industrialisés. Les espèces tropicales les plus recherchées sur le marché international du bois sont les bois rouges (Sapeli, Sipo, Acajou), et dans une autre mesure les bois blancs (Ayous, Fraké) pour la fabrication de meubles, contreplaqués, châssis de fenêtre, manche à balai etc. Les forts enjeux économiques autour de la commercialisation du bois ont poussés le gouvernement camerounais à améliorer son cadre juridique en matière de transparence dans le secteur forestier avec l’appui des autres parties prenantes intervenant dans le secteur. Le principal tournant a été observé au cours de l’année 2010 avec la signature de l’Accord de Partenariat Volontaire (APV) entre le Cameroun et l’Union Européenne sur l’application des règlementations forestières, la gouvernance et les échanges commerciaux de bois et produits dérivés vers l’Union européenne. Sa signature est une source d’espoir pour la transparence.

Evolution de l’exportation du bois camerounais                  Répartition du volume de bois camerounais exporté        
                           de 2004 à 2007                                                                 entre 2014 et 2007 (%)
                                                                      Source : INS

Les Produits forestiers non ligneux

Les pfnl sont aussi appelés produits forestiers secondaires, ils englobent tous les produits forestiers autres que le bois d’œuvre. Les différentes espèces végétales des forêts camerounaises peuvent fournir des produits divers en l’occurrence les racines et tubercules (gingembre, igname sauvage), les feuilles (okok, eru, baobab, maranthaceae), les fruits (kola, poivre noir, ndjansang, andok), les écorces (essok, olom, pygeum), les sèves (hévea, vin de palme), les huiles (huile de moabi, huile de karité), les exsudats (gomme arabique), les fleurs, les noix, les graines, les champignons, les fibres, le miel, le raphia, le palmier, le bambou, le rotin etc. Ces produits sont principalement utilisés aussi bien à des fins culturelles et religieuses que comme aliments, boissons, condiments, emballages, médicaments, stimulants, colorant, parfums, matériaux rentrant dans la construction ou dans l’artisanat, ornement et sources de revenus et d’emplois. Dans les forêts du domaine national, les populations riveraines conservent leurs droits d’usage qui consiste essentiellement en l’accomplissement à l’intérieur de ces forêts, de leurs activités traditionnelles, telles que la collecte de ces produits forestiers secondaires et alimentaires ainsi que le bois de chauffage. Des associations nouvelles et artisans agricoles s’organisent de nos jours pour la récolte des pfnl leur valorisation ainsi que commercialisation du fait d’un marché devenant progressivement plus organisé et fructueux.

 

Biodiversité et écotourisme

Le Cameroun dispose du deuxième massif forestier d'Afrique après la République Démocratique du Congo (RDC) soit environ 22,5 millions d'hectares. Il est au 5e rang africain du point de vue de la diversité biologique alors qu’il ne représente que 1,6% de la superficie totale du continent. Environ 7850 espèces constituent la richesse végétale du Cameroun, réparties pour la plupart dans la grande zone forestière méridionale du pays. La forêt camerounaise renferme de nombreux paysages et écosystèmes diverses (mangroves, montagnes, lacs, chutes, grottes) qui représentent un réel potentiel de développement d’activités écotouristiques. Elle compte plus de 15 parcs nationaux, 9 réserves de faune, 35 zones cynégétiques, 2 sanctuaires, 3 jardins zoologiques répartis sur une superficie de plus de 6 millions d'hectares. Dans le contexte camerounais, l'écotourisme désigne une forme de tourisme qui consiste à visiter des zones naturelles peu perturbées, dans le but précis de découvrir et/ou d'expérimenter le patrimoine naturel et culturel. Avec cette définition, l'écotourisme se confondrait avec le tourisme de nature. Il est par ailleurs présenté par l'OMT (Organisation Mondiale du Tourisme) comme une forme de tourisme durable qui satisfait " aux besoins présents des touristes et des régions hôtes tout en protégeant et en mettant en valeur les opportunités pour le futur. 

Sur le plan de la faune, le Cameroun abrite la plupart des grands mammifères de la savane et des forêts tropicales. 409 espèces de mammifères ont été recensées et parmi elles : lions, guépards, éléphants, girafes, rhinocéros, hippopotames, buffles, phacochères, bubales, lamantins, ainsi que de nombreuses espèces de singes dont quelques gorilles dans le sanctuaire de Mengamé au sud-est du pays. L’avifaune camerounaise compte 900 espèces dénombrées, dont la plupart sont protégées ; parmi elles il y a l’autruche qui trouve refuge principalement dans le parc national de Waza, le touraco, la très rare picatharte chauve, la civette, le héron cendré, le grand calao d’Abyssinie, le perroquet Youyou, les gangas, les francolins. L’océan Atlantique ainsi que les rivières et lacs sont très poissonneux, on y trouve des marlins, barracudas, tarpons ainsi que beaucoup d’autres espèces aquatiques.

 

4 - LES PRINCIPALES MENACES QUI PESENT SUR LA FORET

Les avantages et services que procure la forêt sont également des éléments qui attirent les mauvaises intentions humaines se traduisant par la déforestation, la pollution, l’exploitation illégale, le feu.

Déforestation et changements climatiques

Une métaphore qualifie souvent la forêt de ‘poumon de la planète’ de par les multiples fonctions qu'elle remplit. Elle représente un réservoir de biodiversité et d'habitats ainsi que de ressources génétiques et phytopharmaceutiques. Outre ses fonctions écopaysagères, elle filtre la qualité de l’air, stabilise le climat en fixant le gaz carbonique dans le bois, les feuilles et le sol, et d’une certaine manière, elle protège la planète de certains risques naturels tels les inondations, les sècheresses, les avalanches, l’érosion. Aujourd’hui, les principaux facteurs du réchauffement climatique sont dues essentiellement à la combustion du pétrole et du gaz, cependant près de 25% des gaz à effet de serre relâchés chaque année soit 1,6 milliard de tonnes (source FAO) sont causés par la déforestation. Un arbre est composé à plus de 50% de carbone, lorsqu’il est abattu ou brûlé, le gaz carbonique (C02) qu’il stocke retourne à l'air libre et reste piégé dans l’atmosphère, ce qui joue un rôle dans le réchauffement du climat. Au Cameroun, la déforestation progressait à un taux annuel de 0,6% en 2008 (source FAO), les principales causes de celle-ci sont l’agriculture sur brulis, les grandes cultures industrielles, l’exploitation commerciale du bois, la pression démographique à proximité des zones forestières. Les conséquences de la déforestation et du réchauffement climatique sont négatives en termes de modification du cycle de l’eau, des dynamiques de biodiversité et des habitudes des populations locales et autochtones. Certains types de cultures sont affectés, les cas de maladies infectieuses plus récurrents.

La forêt camerounaise pourrait être mieux utilisée dans la lutte contre le changement climatique non seulement en empêchant l’abattage mais aussi par des programmes de boisement (nouvelles plantations) et de reboisement (replantation des zones déboisées). L’agroforesterie qui consiste à intégrer les arbres dans l’agriculture représente un pont essentiel entre la foresterie et l’agriculture. Elle s’érige comme une nouvelle alternative permettant d’adopter des pratiques en faveur d’une agriculture durable.

 

Exploitation forestière illégale

La richesse spécifique des forêts est la principale raison qui attire les exploitants. Avant toute pratique d’exploitation, ils ont besoin d’un permis légal. Un permis d’exploitation forestière est une autorisation d’exploiter ou de récolter des quantités bien définies de produits forestiers dans une zone forestière donnée. Ces produits peuvent être des produits spéciaux tels que, du bois d’œuvre dont le volume ne saurait dépasser 500 mètres cubes bruts, du bois de chauffage et des perches à but lucratif. En 2008, 8 types de titres forestiers pouvaient être octroyés par l'administration forestière :

-          - Le permis d'exploitation du bois d'œuvre ;

-          - Le permis d'exploitation des produits spéciaux ;

Les permis d'exploitation pour le bois d'œuvre et certains produits forestiers spéciaux dont la liste est fixée par l'administration chargée des forêts, sont accordés après avis d'une commission compétente pour une période maximum d'un (1) an non renouvelable.

-          -  Le permis d'exploitation du bois de chauffe ou des perches ;

-         - L’autorisation personnelle de coupe : Délivrée à une personne physique, elle permet à son titulaire de prélever des quantités de bois ne pouvant dépasser trente (30) mètres cubes bruts, pour une utilisation personnelle non lucrative.

-           - L’autorisation de récupération de bois ;

-        - La forêt communautaire : Signée entre l’administration en charge des forêts et les communautés villageoises, elle représente un type de permis d’exploitation accordant à ces derniers des possibilités d’exploiter une forêt. L'assistance technique apportée aux communautés villageoises doit être gratuite. Les produits forestiers de toute nature résultant de l'exploitation des forêts communautaires appartiennent entièrement aux communautés villageoises concernées.

-         - La vente de coupe : Dans une forêt domaniale de production, elle est caractérisée par une autorisation d'exploiter, pendant une période limitée, un volume précis de bois vendu sur pied et ne pouvant dépasser la possibilité annuelle de coupe.

-         - La concession forestière ou UFA, Unité Forestière d'Aménagement) : Titre forestier permettant de mettre en place toutes les structures et moyens d’activités. Parmi les éléments qui conduisent à une convention définitive figure un plan d’aménagement, celui-ci contient notamment des œuvres socio-économiques et des activités techniques à réaliser en plus des conditions générales auxquelles sont soumis les exploitants camerounais.

Les exploitants forestiers pratiquant leur activité en toute légalité sont concernés par l’un de ces permis d’exploitation. Par ailleurs, pendant plusieurs années le phénomène de déforestation suite aux pratiques d’abattage massif d’arbres a fait perdre au Cameroun de vastes superficies de son couvert forestier. Ce phénomène peut avoir plusieurs causes, mais c’est celle liée à l’exploitation illégale du bois que nous allons diagnostiquer.

L’exploitation illégale de la forêt c’est la coupe de tout produit ligneux ou non ligneux de cette forêt par un exploitant en marge des conditions légales prescrites dans le secteur forestier par le gouvernement. L’exploitation illégale des forêts renvoie beaucoup plus à l’extraction de son couvert de ligneux. Elle peut prendre plusieurs formes, et les différents cas fréquemment répertoriés concernent :

-        - Les infractions sur le volume de bois à prélever : Un permis d'exploitation est, une autorisation d'exploiter ou de récolter des quantités bien définies de produits forestiers dans une zone donnée. Ces produits peuvent être des produits spéciaux, du bois d'œuvre dont le volume ne saurait dépasser 500 mètres cubes bruts, du bois de chauffage et de perches à but lucratif. Ce taux fixé par la loi forestière de 1994 devrait être respecté partout où il y a exploitation de ligneux, mais de nombreux cas répertoriés font état d’exploitation de quantités de ligneux bien au-delà du taux limite fixé par la loi forestière.

-        - Les débordements de surface : La superficie totale pouvant être accordée à un même concessionnaire est fonction du potentiel de la concession forestière calculé sur la base d'un rendement soutenu et durable et de la capacité des industries de transformation existantes ou à mettre en place. Elle ne peut, en aucun cas excéder deux cent mille (200 000) hectares. Mais il a souvent été remarqué des débordements opérés par des exploitants au-delà de la surface qui leur a été accordée.

-       - La coupe des essences interdites : Certaines essences forestières sont classées parmi les essences interdites à cause de leur disparition due à l’exploitation illégale. La coupe de ces essences est fortement proscrite dans les documents du MINFOF, elles ont été classées par catégories afin de mieux les distinguer.

-       - La date limite du permis d’exploitation : les permis d’exploitation accordés aux entreprises sont généralement limités dans le temps. Ainsi pour chaque type d’exploitation, il existe un seuil maximal de temps d’exploitation. Mais à causes des négligences des administrations ou des pratiques de dupe des exploitants, certaines exploitations peuvent s’étendre sur une période de temps plus longue que celle qui a été fixée.

 

Braconnage

Les menaces sur la biodiversité camerounaise concernent aussi les infractions ou les atteintes ressenties sur sa faune. Le Cameroun possède une importante réserve faunique, une des plus importantes en Afrique du fait de la quantité des animaux et de la rareté de certains. La faune camerounaise est donc aussi sujette à de nombreuses infractions perpétrées en milieux forestiers. Le braconnage selon la loi forestière est une pratique illégale de la chasse et de la pêche soit parce que l'espèce est protégée, soit les périodes de chasse ne sont pas respectées, soit sans permis, soit dans un domaine privé ou soit par des moyens non autorisés. Cette activité illégale cause de véritables ravages sur la faune dans les aires protégées. Les principaux acteurs sont des chasseurs venant des villages riverains, des régions lointaines et des pays voisins. Certains bénéficient parfois de la complicité des populations riveraines. Pendant la saison pluvieuse lorsque la surveillance des parcs est rendue difficile par le retour des grandes pluies qui inondent les accès qui conduisent au Parc, les braconniers s’y installent, boucanent sur place le gibier prélevé, qu’ils vont vendre clandestinement dans les villages auprès des consommateurs, ou aux revendeurs dans les centres urbains. Parmi les matériels de chasse utilisés, on peut noter les armes à feu manufacturées, celles de fabrication artisanale et les câbles en acier.

On parle de braconnage quand il y a infraction sur la quantité d’animaux abattus et sur les espèces concernées. En effet, on distingue au Cameroun des catégories d’espèces classées d’importance primaire à cause de leur disparition observée. Il y a en premier lieu l’éléphant, mammifère dont la population mondiale a été réduite de plus de 50% au cours du siècle passé. Très prisés pour leurs dents en ivoire, les éléphants sont l’objet d’une convoitise chaque jour grandissante de la part des braconniers. Les cas récents de nombreux éléphants massacrés dans le Grand Nord du Cameroun illustre bien ce fléau. Parmi les autres animaux protégés par la loi et fortement convoités des braconniers, il y a le Perroquet jaco, la Tortue à soc, le Galago d’allez, le Touraco vert, le Bateleur d’Afrique, la Grenouille goliath, le Pangolin géant, le Chimpanzé, l’Oryctérope, le Chevrotin aquatique, l’Hippopotame, le Colobe guérira, le Céphalophe à dos jaune.

Il existe de réels contrastes en termes de cibles animales choisies par les braconniers, certaines espèces sont plus recherchées que d’autres. La raison économique est la plus fréquente, les animaux sont généralement tués pour leurs défenses, leurs fourrures et leur chair, écoulés le plus souvent au sein d’un marché noir bien établi à travers le monde entier. Les éléphants du Cameroun sont tués pour leurs ivoires qui sont extraits et exportées vers les pays asiatiques pour la confection des bijoux de grande valeur. La demande internationale en ivoire est la principale raison de l’accentuation du braconnage en Afrique ces dernières années. Les braconniers développent des techniques de plus en plus développées et se dotent d'armes plus lourdes. Ceux que l'on arrête en plein délit sont la plupart du temps de simples mercenaires qui sont payés à la tâche. Les vrais commenditaires du braconnage sont des hommes d'affaires qui fournissent armes, et moyens de déplacement aux mercenaires. Le gouvernement camerounais lutte depuis longtemps contre le braconnage, ces dernières années, le recrutement de plusieurs gardes forestiers au sein des aires protégées confirme son implication dans la protection de la faune, néanmoins certains braconniers profitent parfois de manière spécifique de complicités au sein des agents de l’administration.

 

Le secteur des forets au Cameroun peut donc se définir de par ses acteurs très diversifiés ayants des objectifs et ambitions tout autant hétérogènes. Une autre approche peut consister à aborder le secteur selon les richesses et avantages qu’il procure au sein de la société, en sachant que ce sont ces mêmes éléments bénéfiques qui finissent par attirer ces principaux détracteurs et ennemis dans une certaine mesure. Le secteur forestier serait en quelque sorte victime de son succès. La forêt camerounaise est au final au centre de nombreux enjeux. Les challenges se situent à divers niveaux, pour le gouvernement, les exploitants, la société civile, les communautés, les bailleurs de fond, les artisans qui ont chacun un rôle à jouer dans la gestion durable des forêts qui traverse les principales thématiques et concepts suivants : Exploitation – PFNL – Transparence – Déforestation – Braconnage – Agroforesterie etc. Face aux menaces grandissantes qui pèsent sur le secteur, plusieurs remèdes peuvent apporter à leur niveau une amélioration dans la gestion durable du secteur notamment l’amélioration de la cohésion des lois minières, forestières, foncières, au niveau gouvernementale car en 2009 pour exemple, 25 permis miniers chevauchaient les différentes aires protégées au Cameroun. En termes de transparence et gestion économique et sociale, le replacement des communautés riveraines au centre des décisions permettrait également de mieux prévenir les conflits d’intérêts et de valoriser les aspects environnementaux souvent relégués au second plan car ce sont ces communautés qui restent les premiers acteurs concernés par les changements d’affectation des terres et les politiques de zonage. Les diverses pressions que subissent les forêts se répercutent de manière presque mathématique sur les populations rurales et autochtones qui sont les plus lésées dans cette nouvelle géométrie d’affection des terres qui privilégie les gains économiques au valeurs sociales, culturelles et environnementales.